Biographie (IV)
Siouxsie Sioux (Susan Dallion de son vrai nom) et Severin le bassiste, membres du Bromley Contingent, le fan-club des Sex Pistols, ont commencé à jouer avec Marco Pirroni, futur Adam & The Ants et avaient comme batteur Sid Vicious, deux mois avant que celui-ci ne rejoigne les Pistols. Une histoire de routes qui se croisent. Presque de famille. Une interférence qui se reproduira plus tard avec Cure, Robert Smith dans le rôle du guitariste intermittent des Banshees. En 1978, après avoir remanié la formation (qui connaîtra toujours quelques fluctuations au cours des ans), Siouxsie et ses nouvelles recrues (John McKay et Kenny Morris) sortent leur premier album : The Scream. Un cri primal produit par Steve Lillywhite. Sous pochette subaquatique, le disque s'ouvre sur un bref instrumental, "Pure", où Siouxsie, très discrètement, joue de sa voix comme d'un instrument supplémentaire. Une voix qui dévoile en quelques vocalises de multiples possibilités mais opte ensuite pour un registre unique : psalmodie avec du coffre, fin de phrase en cri étouffé, une sorte de parler emphatique et linéaire, avec un mot appuyé, un autre jeté en l'air, une sorte de tricot nouvelle vague, incantatoire et vibrant de mélodies avortées. Un style qui sera caricaturé, notamment en France, par tous les groupes new wave à chanteuse et vaudra à Siouxsie son surnom de grande prêtresse. La musique aussi marque indéniablement son époque même si elle se cherche encore : très brute, syncopée, hésitant entre les bases rock'n'roll ("Carcass") et l'envie de tout déstructurer, de tout réinventer, allant jusqu'à s'offrir, presque paradoxalement, une reprise du "Helter skelter"des Beatles, complètement massacré (Siouxsie se rattrapera en 1983 avec "Dear prudence", excellent cette fois).
L'album The Scream est intéressant car il contient en vrac tous les éléments qui seront développés par la suite. Album genèse, il ouvre des portes sur l'après-punk. Première période du son Banshees, il esquisse les bases du son "batcave". Il faudra attendre Kaleidoscope en 1980, le troisième album, pour que Siouxsie exploite à fond toutes les promesses vocales suggérées ici, et l'arrivée de Budgie, un ex-Slits, apportant du même coup toute une nouvelle gamme de percussions, pour que le groupe prenne une nouvelle orientation.